Par 27 mars 2020

De nos conditions d’études par temps de pandémie

Partout, la fermeture temporaire des lieux de formation entraîne un réaménagement monumental du travail, tant pour les salarié·e·s qui y bossent que pour les étudiant·e·s, apprenti·e·s y compris·es, qui s’y forment. L’exceptionnalité de la situation générale fait consensus. La prise en compte de l’exceptionnalité des situations particulières un peu moins… Mais aussi bien les salarié·e·s que les étudiant·e·s ont besoin de réponses et de garanties.

Nos revendications :

A) Prise en compte des situations réelles des gens (étudiant·e·s et enseignant·e·s) : souplesse et garanties !

B) Examens, stages et enseignements : validation automatique de tout, pour tou·te·s !

C) Remboursement intégral des taxes d’inscription semestrielles !

D) Services d’aides sociales aux étudiant·e·s : plus d’aides, plus de ressources !

Nous avons déjà écrit en ce sens à une série d’écoles : Université de Lausanne (UNIL), Haute Ecole pédagogique Vaud (HEP Vaud), Haute Ecole de travail social et de la santé Lausanne (HETSL), ainsi qu’au Secrétariat d’Etat à la formation (SEFRI) et à la Conférence suisse des Départements de l’instruction publique (CDIP). D’autres écoles suivront !

A) Les situations réelles sont multiples et difficiles : souplesse et garanties !

Présence des enfants à 100% à la maison ; accès limité, voire très limité ou inexistant, à un espace de travail, à des ressources technologiques pour l’enseignement à distance ; personnes réquisitionnées, que ce soit par l’armée ou la protection civile ou alors parce qu’elles travaillent par ailleurs dans un des secteurs « essentiels » ; etc.

La situation générale est exceptionnelle et les situations particulières le sont aussi. Il faut, partout, l’instauration d’une politique d’extrême souplesse du personnel enseignant envers les étudiant·e·s et des directions envers le personnel salarié.

Au demeurant, continuer au même rythme n’est évidemment pas possible. Il est essentiel de ralentir et de prêter une attention particulière aux situations des personnes que la crise affecte au plus profond de leur quotidien, pour que personne n’ait à subir doublement les conséquences de la pandémie. Les salaires doivent être assurés au travailleuses et travailleurs des institutions de formation, quoi qu’il en soit de leur possibilité d’honorer ou non leur taux contractuel. Les exigences liées aux enseignements doivent être réagencées et modulées en fonction des possibilités de chacun·e, sans que cela ne prête à conséquence pour quiconque.

B) Examens, stages et enseignements : validation automatique de tout, pour tou·te·s !

A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles – on nous le répète assez – et notre position est donc simple : il faut valider tous les enseignements débutés ce semestre. Personne ne peut se permettre de perdre un semestre, ou plus, et ceci est évidemment d’autant plus vrai pour les étudiant·e·s les plus précarisé·e·s (familles monoparentales, personne avec permis de séjour précaire, étudiant·e·s sans soutien parental, etc.). Ainsi, tous les cours, séminaires, stages et autres travaux pratiques inscrits doivent être validés automatiquement, la session d’examens de fin de semestre purement et simplement annulée et les diplômes délivrés en fin d’année.

Naturellement, pour les enseignements où cela est possible, il faut continuer le suivi et l’éventuelle reddition de travaux écrits par mail, si la situation des étudiant·e·s le permet. Comme nous le disions plus haut, il faut absolument instaurer un régime d’extrême souplesse sur les exigences de suivi et de rendus : la crise précarise tout le monde et elle surprécarise les déjà-précaires. Ces derniers jours, le préambule de la Constitution suisse a été souvent rappelé (« la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ») : à notre sens, il est temps d’instaurer une politique où l’on cesse de tabler sur l’existence de « membres faibles ». Il ne faut pas mesurer le « bien-être » des faibles, il faut mettre sur pied une politique égalitaire qui ne précarise pas les faibles, ni n’affaiblit les précaires : l’occasion est là, saisissons-la !

Le temps n’est pas aux arguties sur la qualité et la valeur des diplômes décernés, ou sur une éventuelle baisse de cette qualité du fait de la crise et de la validation automatique des crédits de cours : ce serait un affront aux étudiant·e·s que de parler de report des examens sous prétexte de démarche-qualité en ces temps extraordinaires. La qualité sera mesurée à l’aune de la faculté que nous aurons de traverser cette crise ensemble, sans laisser personne sur le bas-côté.

C) Remboursement intégral des taxes d’inscription semestrielles !

La fermeture des lieux de formation a aussi des conséquences massives en termes d’accès aux ressources ordinairement prévues pour les étudiant·e·s : bibliothèques, laboratoires, wi-fi, espaces de travail, ordinateurs, photocopies, scanners et impressions… Nous en oublions certainement. Même à distance, ces ressources aujourd’hui inaccessibles sur les lieux de formation demeurent incontournables : il y a donc un surplus de frais pour tout ce qui se fait à la maison.

En l’absence d’accès à ces ressources essentielles et au vu de la précarisation générale de nos vies, nous demandons le remboursement intégral de la taxe semestrielle de printemps 2020 aux étudiant·e·s.

D) Services d’aides sociales aux étudiant·e·s : plus d’aides, plus de ressources !

En cette période de trouble dans les revenus, les étudiant·e·s sont évidemment en première ligne de la précarité. Refus des employeurs de payer les salaires après fermeture de l’entreprise, refus des employeurs de demander le chômage partiel pour certain·e·s salarié·e·s, rupture abrupte des contrat, refus des employeurs de fournir du travail au personnel rétribué ordinairement « à l’heure » ou de payer ce personnel en cas de non fourniture de travail, etc. – la liste est longue.

Là où ils existent, les services internes d’aide financière aux étudiant·e·s doivent immédiatement abolir leurs critères restrictifs d’octroi –  à l’UNIGE, cela a été fait – et augmenter leurs ressources financières et en personnel. La création d’un fonds cantonal d’aide pour les personnes en formation est par ailleurs de la plus grande urgence.

Comments are closed.