Par 20 avril 2016

Tenir tête n°1 / On vaut mieux que ça!

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*****SOMMAIRE*****

SALAIRE DES APPRENTI-E-S — STAGES/EMPLOIS DES ÉTUDIANT-E-S — PÉNURIE
ORGANISÉE — ÉCHANGE AVEC BERNARD FRIOT — REPRENDRE L’OFFENSIVE —
IL Y A DE L’ABUS ! — LAÏCITÉ ET FORMATION — ÉVALUATION DU CORPS ENSEIGNANT
— KURDES — GRÈVE UNIVERSITAIRE DE 97 — LOI DU MARCHÉ — DEMAIN

*****EDITO*****

16 mars 2016 à l’EPFL: une centaine de personnes bravait l’interdiction de la direction et manifestait contre le doublement des taxes d’études. Tenir tête.

Le 10 novembre 2014 : pour marquer le retrait par la direction de l’UNIL de sa directive autoritaire contre la liberté d’ex- pression, une équipe colle 2’000 affiches sur les murs de l’université pour rappeler l’importance non-négociable de la liberté de parole. Tenir tête.

Été 2015 : la campagne contre les pratiques invasives, l’installation de caméras de surveillance, les sanctions et les expulsions dans les logements étudiants (FMEL) aboutit à une victoire sur de nombreux points. Tenir tête.

Notre section syndicale a été fondée il y a maintenant 3 ans. Modestement, mais avec détermination et constance, dirions-nous de manière têtue, nous avons essayé d’ouvrir une voix et une action pour la défense et l’amélioration des conditions d’études et de travail : défense du salaire, des bourses, du service public, des droits démocratiques et des libertés fondamentales, etc. Parfois victorieusement, mais toujours dans le sou- ci de porter une voix indépendante, à la fois radicale et collant au plus près des besoins et des aspirations: un syndicat de base, en somme.

Originellement, pour des raisons qui relèvent plus des moyens à notre  disposition – nous sommes un syndicat entièrement militant – notre action s’est orientée vers les étudiant-e-s universitaires et les jeunes travailleurs précaires. Nous pensons, aujourd’hui, être arrivé-e-s à une nouvelle étape. Cette gazette que nous vous présentons en est un des laboratoires. Notre ambition : rassembler  les travailleurs/euses en formation de toutes catégories. Apprenti-e-s, étudiant-e-s en université, étudiant-e-s des HES, stagiaires, personnes ne pouvant accéder à une formation.

Nous faisons l’analyse que ce qui nous ras- semble est une communauté de condition: nous travaillons beaucoup, souvent nous cumulons plusieurs activités, mais pendant une période qui tend à se rallonger nous n’avons pas de revenu juste et suffisant. Pourquoi? Parce que nous sommes une catégorie dite spéciale de travailleurs/euses : en formation. Par cette catégorisation, c’est une politique d’exception salariale et statutaire qui est menée. Le manque d’expérience, une formation pas tout à fait achevée,  une  adaptation  pratique  à  réaliser : tout est prétexte pour payer des salaires qui ne reconnaissent pas nos qualifications et notre apport à la société ; pour payer des salaires qui nous mettent en situation de dépendance c’est-à-dire qu’on nous cantonne à être mineur socialement.

C’est pourquoi ce sera le sujet de notre premier dossier. Face au développement sans limite des  emplois  sous-salariés  et de l’emploi étudiant, mais également face aux salaires dérisoires des apprenti-e-s et des stagiaires, il est décisif d’avoir une dé- marche de rupture avec le système. C’est-à- dire d’avancer vers des objectifs radicaux et de progrès social. Le salaire est poli- tique : il est issu de rapports de force matériels et symboliques. La formation est un travail. Elle est une étape inévitable de la vie de toutes et tous les travailleurs/euses. Elle doit faire l’objet d’un salaire au même titre que les autres étapes ou statuts, tels que les travailleurs/euses retraité-e-s, invalides, malades, ou sans emploi. Un salaire qui reconnaît par la même occasion notre droit à l’existence, c’est-à-dire de pouvoir construire notre vie de manière entièrement indépendante.

La kyrielle de politiques austéritaires et antisociales qu’on ne finit pas de mettre en vigueur, le manque de luttes et le niveau faible de confrontation en général, l’intégration et le ralliement du social libéralisme: tout cela configure une situation extrêmement dangereuse pour les majorités sociales de ce pays dont font partie les travailleurs/euses en formation. Pourtant, il n’y a aucun syndicat pour les défendre et les organiser. Le besoin devient nécessité : les digues matérielles et symboliques sautent une à une, les prétentions de ceux que nous avons en face sont toujours plus illimitées. Il n’y a qu’à voir la position de l’Union patronale suisse pour la suppression de l’AI aux moins de 30 ans.

Face à cela, il nous faut reprendre l’offensive, de manière innovante et  ambitieuse. Il nous faut construire et fédérer les résistances pour œuvrer à nouveau vers de grands objectifs stratégiques, rassembleurs et émancipateurs. Nous apporterons notre contribution à cet élan notamment par ce nouveau journal: une publication pour porter notre voix, pour se réapproprier notre condition, pour faire éclore et encourager les luttes. Tenir tête c’est faire de la politique, la vraie. Pas celle des dirigeants, des candidats, et des partis. Mais bien celle qui consiste à nous réapproprier le monde pour le transformer.

*****TENIR TÊTE*****

Tenir tête, c’est refuser de s’écraser, de céder, de se résigner, de renoncer. C’est dire non et entrer en dissidence, en résistance. C’est relever la tête et exister.

Tenir tête, c’est porter une voix autonome et indépendante, qui refuse le cadre d’expression, de pensée et d’action à laquelle elle est assignée pour affirmer et porter nos valeurs : égalité, liberté, solidarité, souci et défense du bien commun.

Tenir tête, c’est ouvrir un espace de nouveaux possibles, briser la chaîne et déstabiliser. C’est s’annoncer comme un point de ralliement pour fédérer toutes celles et ceux qui refusent l’assujettissement et l’atomisation. C’est être un point d’appui pour soutenir les luttes, les revendications, les idées, les alternatives et les aspirations.

Tenir tête, c’est refuser d’attendre et de s’en remettre à d’autres pour défendre nos intérêts communs. C’est entrer en lutte pour agir directement, collectivement et démocratiquement. C’est oser le clivage en affrontant le pouvoir – pour constituer le nôtre à distance de l’État.

Tenir tête, c’est partir depuis la base de nos besoins et de nos aspirations. C’est refuser le mirage de l’immédiateté pour ouvrir le long chemin de la construction de nouveaux possibles vers une transformation sociale que nous voulons radicale, démocratique et émancipatrice.

Catégorie(s) : Tenir tête

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