Par 3 avril 2020

Lettre de 133 étudiant-e-s à la direction de la HEP

Nous approuvons, nous soutenons, nous relayons:

À la HEP Vaud, 133 étudiant-e-s ont signé un courrier à leur direction pour l’appeler à ralentir et à prendre en compte la situation réelle qu’elles/ils vivent.

La direction leur a répondu: “C’est dur pour tout le monde, mais la qualité des diplômes avant tout”.

Ci-dessous, la lettre :

Lausanne, le 2 avril 2020


Monsieur le Recteur,
Monsieur le Directeur de la formation,
Madame la Directrice de l’administration,


En ce temps difficile, nous espérons tout d’abord que vous et vos proches êtes en parfait état de santé.

Si nous nous adressons à vous aujourd’hui, c’est que le bilan des deux premières semaines de cours à domicile s’avère lourd et passablement stressant pour un certain nombre d’étudiants-es.

En effet, nous nous retrouvons dans des situations particulières qui impliquent une difficulté
prononcée quant à la réalisation des tâches données par nos formateurs-trices et le suivi des cours. Il y a globalement beaucoup trop de matière à intégrer via des capsules ou autres supports et les délais pour les activités souvent non essentielles sont trop courts. Celles et ceux qui vivent un quotidien déjà compliqué à gérer sont pénalisés-es par cet état de fait.

Nous comprenons bien que nos formateurs-trices, répondants-tes ou Prafos pensent à notre formation, néanmoins, bien que les cours soient désormais accessibles, il est impossible de gérer des travaux de groupe, des exercices, des lectures, des cours en ligne, des tests, des minitests et autres pléthores de demandes sur une multitude de supports avec un chamboulement aussi radical dans nos vies. Ces dernières semaines représentent en soi un facteur de stress, car il a fallu trouver des solutions hâtives pour des choses, qui, avant la crise sanitaire, semblaient aller de soi. La semaine dernière a rajouté une pression supplémentaire, car pour suivre le rythme de nos cours en ligne il nous faudrait presque arrêter de dormir, puisque la journée, nous devons souvent la passer à suivre nos enfants, nos élèves, nos parents, nos proches, notre frigo. On nous conseille des lectures sur des livres qu’il nous est impossible de commander en ce moment, certains n’ont peut-être pas d’imprimante chez eux, car jusqu’à maintenant cela n’était pas nécessaire et les exigences quant au travail que demandent certains praticiens formateurs nous paraissent surréalistes.

Continuer à nous former est important, mais pas à n’importe quelles conditions car nous sommes confrontés-es à des priorités d’ordre différent. Il nous paraît primordial en ce moment de maintenir un tissu social et de respecter une certaine équité. Or, nous nous faisons de réels soucis et nos interrogations grandissent quant au rythme des cours et des exigences des semaines du 23 mars au 3 avril, car maintenir une telle cadence ne sera pas possible sans conséquences. Il est illusoire de suivre les mêmes modules avec les mêmes objectifs et les mêmes contenus, avec comme seule différence le moyen par lequel ils sont donnés. Pour vous donner un ordre d’idée, nous avons remarqué qu’il faut environ 2 fois la durée d’une capsule vidéo pour pouvoir la regarder , prendre des notes, écrire les questions. A cela s’ajoute la gestion « logistique » des innombrables exercices à rendre (quizz, powerpoints inversés, rétroactions, sondages…).

Les cours en ligne ne prennent pas le même temps qu’un cours normal, bien au contraire. Nos boîtes mails sont saturées de messages, les heures passées devant un ordinateur à s’orienter dans les exigences de chaque module, à imprimer ou lire des documents nécessaires à telle ou telle capsule sont interminables. Alors même que nos propres emails professionnels débordent. Dans de très nombreux modules, on nous demande de travailler en groupe, ce qui est extrêmement difficile, puisque chacun-e d’entre nous a des horaires qui sont aujourd’hui par la force des choses complètement différents. Il y a les parents qui ne peuvent pas faire de vidéoconférence à certaines heures, ceux qui aident leurs proches en faisant les courses à leur place et passent la matinée dans la file du supermarché en tenant les distances de sécurité, celles et ceux qui ont des rendez-vous avec leurs élèves, ou un ordinateur occupé par un-e conjoint-e qui télétravaille également et il y a ceux qui sont malades ou dont les proches sont malades. Tout cela fait, que fixer un simple rendez-vous pour un skype à trois ou quatre prend une énergie et un temps fous.

Nous traversons toutes et tous cette période tumultueuse et il serait juste que nous puissions avoir les mêmes chances de réussir notre semestre ou de valider nos modules, sans pour cela y laisser notre santé ou de devoir choisir entre les études et nos responsabilités familiales, professionnelles, privées, sanitaires ou sociales.

Nous avons appris que la direction de la HEP avait demandé aux formateurs-trices de réduire à l’essentiel le contenu de leur enseignement et d’être sensibles au caractère exceptionnel du moment. Nous vous en remercions et nous remercions aussi ces enseignants-tes, car certains-nes ont en effet le souci de rester dans une pédagogie inclusive. Nous souhaiterions que tout le monde puisse s’aligner sur vos recommandations afin de ne pas basculer dans une pédagogie exclusive, pénalisant ceux qui n’ont pas les moyens de suivre un tel rythme : ceux qui sont à l’armée, en service civil, avec enfants à charge, avec parents et proches à risque, en emploi sur le terrain ou en télétravail, malades, ou en situation financière précaire…

Il nous semblait important de vous témoigner nos inquiétudes et d’établir un bilan sur la charge que représentent les cours en ligne, car nous sommes soucieux que les chances soient égales pour chacun-e et que nous puissions traverser cette période le plus « sereinement » possible, car si l’on n’entreprend rien, l’écart entre les étudiants face aux évaluations finales va se creuser sérieusement.

Nous vous demandons par conséquent de réitérer aux formateurs-trices votre appel à tenir concrètement compte des difficultés que nous rencontrons et de recentrer les exigences uniquement sur les contenus fondamentaux, surtout afin d’éviter la multiplication des petites activités chronophages et des délais trop courts imposés, qui génèrent un stress face à la tenue de ces derniers.

Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à notre lettre et nous vous adressons Madame, Messieurs, les membres du conseil de direction nos salutations respectueuses.


133 étudiants HEP

Catégorie(s) : Brèves

Comments are closed.