Par 22 mai 2019

Je bosse. Tu me paies.

RÉSOLUTION POLITIQUE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE SUD ÉTUDIANT-E-S ET PRÉCAIRES

L’offensive générale contre les salaires ne cesse de s’approfondir et de se radicaliser en Suisse et en Europe. Nous comprenons le salaire comme l’ensemble de ce qui constitue le revenu populaire, c’est-à-dire non seulement le salaire direct, mais également le salaire socialisé (retraites, chômage, invalidité, etc.), les prestations sociales financées par l’impôt (subsides, revenu d’insertion, etc.) et les éléments de service public au service du bien commun (hôpital, transports publics, etc.).

Depuis plusieurs années et cette année encore en Suisse, les salaires directs ne compensent plus l’inflation. La majorité de la population voit donc son revenu baisser dans un contexte de croissance économique. Cet élément systémique nous renseigne sur l’incapacité du mouvement syndical de concertation à maintenir les salaires. À cette offensive s’ajoutent de potentielles victoires patronales décisives sur le plan institutionnel. Il y a la fin potentielle des mesures d’accompagnement et l’ouverture à la concurrence européenne des salaires qui pourrait constituer une des plus grandes défaites populaires de ce début de siècle. Il y a également la défaite potentielle sur la réforme fiscale (RFFA) avec les conséquences que nous éprouvons déjà dans notre canton avec la crise des finances publiques dans les communes.

Pour de larges secteurs des classes populaires, dont nous faisons partie, la capacité d’acquisition d’un revenu stable qui permet de répondre aux besoins d’une condition humaine digne est de plus en plus réduite, voire rendue impossible. Ces périodes de précarité de plus en plus longues ne sont pas des moments de sous-salarisation transitoires. Elles portent structurellement atteinte au salaire pris sur l’ensemble de la carrière: en retardant l’entrée dans les mécanismes de progression salariale liés à l’ancienneté couplé à la non-reconnaissance de l’expérience professionnelle, en empêchant l’ouverture de droits aux assurances sociales et en réduisant la retraite par la réduction des périodes de cotisation «normale» au 1er et 2ème pilier.

Cette précarité se manifeste d’abord par la massification du travail gratuit aux conditions de travail et aux statuts très fragilisés. Les stages en sont la forme la plus commune à laquelle s’ajoutent de nombreuses autres: travail assigné du chômage et de l’aide sociale, apprentissage et préapprentissage, faux indépendants, travail gratuit des femmes, etc. Il ne s’agit plus de formes minoritaires de mise au travail. La majorité de la jeunesse est aujourd’hui assignée à cette condition pour de nombreuses années et pour certain-e sans perspective d’en sortir. Il faut prendre mesure de la centralité politique du travail gratuit pour toute activité de lutte sur la question du travail et de la formation.

Nous ne rappellerons jamais assez: il ne s’agit pas seulement de l’extorsion d’un travail gratuit permettant de réaliser des profits. Travailler dans ces conditions, c’est la tentative de nous imposer l’obéissance, le silence et la résignation. C’est nous empêcher de construire notre existence librement, d’accéder à l’autodétermination, à la souveraineté sur notre propre vie: l’extorsion du pouvoir de chacun-e.

Le non-recours massif aux prestations sociales, ainsi qu’au service public, ampute également très fortement le revenu populaire. La brutalité du système, la difficulté d’accéder à ses droits, la contraction des dépenses publiques dans des secteurs clefs, par exemple la santé ou les services communaux, placent de facto une part importante des classes populaires dans une situation d’exclusion. C’est pourquoi l’automaticité des prestations sociales ainsi que l’accessibilité réelle aux prestations du service public: accès aux soins, aux transports, au logement, aux services de voirie, etc., sont des revendications centrales de notre syndicat.

SUD Étudiant-e-s et Précaires place la lutte contre toutes les formes de travail gratuit au centre de son activité pour la période qui vient. Notre revendication d’un salaire étudiant est notre orientation stratégique pour les luttes sur le salaire des travailleurs/euses en formation: rémunération des stages, accroissement des bourses et suppression de la subsidiarité parentale, reconnaissance du travail étudiant, et de celui assumé majoritairement par les femmes et non payé.

Lors du premier semestre de l’année 2019-2020, nous nous emploierons à construire des luttes exemplaires partout où cela sera possible et dans nos secteurs d’intervention: notamment l’UNIL, l’EPFL, les HES, les apprenti-e-s et dans les négociations sur les bourses d’études. Nous appelons à faire converger l’ensemble de ces luttes vers une grande assemblée politique au printemps 2020 contre les stages et le travail gratuit. Notre objectif est d’imposer dans l’espace public cette question et d’œuvrer avec toutes les forces qui le souhaiteront à construire un grand mouvement revendicatif et offensif.

Notre revendication est simple:

Je bosse.

Tu me paies.

Lausanne, le 11 mai 2019

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