Manif contre le G7: succès populaire et répression
Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté le 14 juin à Genève. Malgré les entraves politiques et administratives en amont, le cortège était beau, et déterminé à faire connaître son opposition au G7. Le défilé a été ouvert par un énorme tronçon de la Grève féministe, suivi de syndicalistes, d’écologistes, de partis de gauche et d’extrême-gauche, de collectifs anti-impérialistes, d’organisations kurdes, d’anarchistes, de groupes antifascistes, de collectifs pro-palestiniens. Et de fanfares.
La manifestation féministe du 14 juin était couplée à une opposition déterminée au sommet du G7, qui se tient du 15 au 17 juin à Évian (France). Ce groupe des 7 (États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon, Canada), qui était encore le G8 (avec la Russie) en 2003, représente tout ce que notre camp social combat: capitalisme, impérialisme, (néo-)colonialisme, extractivisme, patriarcat, militarisme, soutien actif au génocide du peuple palestinien.
Les contre-sommets à ces réunions de fauteurs de guerre (G7, G8, G20, OMC…) ne datent pas d’hier. En 1999, la mobilisation contre un sommet de l’OMC faisait trembler Seattle, aux États-Unis. En plein cœur de l’Empire étasunien et à peine huit ans après la dislocation de l’URSS. L’altermondialisme et un renouveau anarchiste conséquent allaient désormais perturber ces sommets, empêchant (au moins un peu) les grands de ce monde de vivre leur petit entre-soi.
La répression non plus n’est pas nouvelle. En 2001 à Gênes, les carabinieri italiens ont torturé des manifestant·es et abattu Carlo Giuliani. En 2003 à Genève, la police (en l’occurrence un agent venu d’Argovie) avait failli tuer deux activistes, blessant gravement l’un d’entre eux. Il nous semble plus opportun de se rappeler de Carlo Giuliani et de Martin Shaw que de quelques vitrines de banques cassées.
Le 14 juin 2026, la manifestation emmenée par la Grève féministe a démarré à la Perle du Lac à Genève. Cela n’est pas allé sans mal: le Conseil d’État a tout fait pour entraver la mobilisation, et la droite a même essayé de l’interdire au parlement. Tout le quartier était barricadé. Les manifestant·es ont dû défiler entre des barrières cadenassées. Cela n’a pas empêché de débarrasser l’espace public d’un joli nombre de caméras de surveillance. Et Raiffeisen, PWC, la Banque du Léman et UBS ont essuyé quelques dégâts. De l’autre côté, la police s’est déchaînée.
La police genevoise, mais aussi les polices de nombreux autres cantons et même l’armée quadrillent la ville depuis des jours, multipliant les contrôles d’identité et les saisies illégales (des forces d’autres pays sont aussi présentes). Durant la manifestation, la police a usé d’une quantité abominable de gaz lacrymogènes (y compris contre des familles, des personnes âgées, des enfants), de canons à eau, de projectiles divers. Et elle a nassé environ 200 personnes (dont le service d’ordre, des organisateurices, des syndicalistes, des passant·es qui n’avaient pas manifesté et les travailleureuses de la buvette du parc) durant une dizaine d’heures, toute la nuit, sans toilettes, avec très peu d’eau. Le but: faire peur et ficher.
La restriction du droit de manifester s’intensifie un peu partout en Suisse. À Genève, la loi est gravement restrictive. Et la police est de plus en plus violente. Rappelons le 2 octobre 2025, quand la police a gazé la foule sur un pont puis a inondé la gare de gaz lacrymogènes. Une violence qui ne vient pas de nulle part: la cité du bout du lac était connue pour sa sinistre brigade anti-squat. Rappelons aussi la manifestation du 11 octobre 2025 à Berne: la police avait blessé des centaines de manifestant·es et nassé un demi-millier de personnes la nuit dans le froid.
La police réprime, frappe, gaze, enferme, fiche. Des milliers de personnes l’avaient compris dimanche dernier, et sont venues avec du sérum physiologique et des masques FFP2. Il ne faut pas se laisser intimider. Mais il ne faut pas non plus accepter cette nouvelle normalité de violences policières, de restriction du droit de manifester et de fichage massif – qui rappelle la fameuse affaire des fiches.
SUD-EP soutient la demande du SSP Genève: Kast doit démissionner. Nous ajoutons une remarque: le PS, qui a appelé à manifester et dont au moins une élue a été nassée, doit faire respecter une ligne de gauche à sa ministre. Ou l’expulser du parti. On ne peut pas dénoncer la répression tout en en étant à l’origine.
Merci à la coordination No G7, à la Grève féministe et à toutes les personnes qui ont manifesté le 14 juin à Genève.








