Par 6 avril 2020

METTONS UN TERME A LA MASCARADE !

Examens – Validations – Coronavirus

Tout le monde est d’accord. Nos institutions de formation le disent, les autorités sont unanimes, et les apprenti·e·s et étudiant·e·s tirent la sonnette d’alarme depuis des semaines :

En cette période de crise, les inégalités se creusent. La formation des apprenti·e·s et étudiant·e·s n’assure même plus un minimum d’égalité formelle.

Nous n’avons pas d’espace de travail à la maison ; nous avons des enfants qui ne sont plus pris·es en charge par des structures d’accueil ; nous sommes mobilisé·e·s par l’Etat ; nous sommes technologiquement inéquipé·e·s à la maison ; nous sommes malades, nous avons des proches malades…

Nous vivons pleinement la crise. Tout a changé.

Pour autant, nos institutions de formation et nos autorités prétendent que tout doit continuer. Elles maintiennent les sessions d’examens alors qu’on sait que l’évaluation n’aura aucun sens pédagogique ni certificatif. Elles crient haut et fort que les situations particulières seront prises en compte : ont-elles les moyens de mettre en place des évaluations différenciées pour chacun·e d’entre nous ? Non. Serait-ce cohérent ? Non, et ce serait une perte de temps proprement monumentale.

Déjà en temps ordinaire, la tendance est à l’impossibilité de traiter les situations particulières/exceptionnelles, à la suppression de certaines sessions d’examens, au manque de personnel administratif et enseignant. D’où sortent ces soudaines potentialités de traitement différencié, de cas par cas ? C’est une vaste arnaque.

Nos institutions de formation et nos autorités sont en plein délire. On les comprend un peu : elles sont dépassées. Complètement dépassées. Alors elles jouent une bien triste mascarade : elles justifient leur existence en maintenant leur contrôle formel. « Les examens auront lieu, sinon les diplômes ne veulent rien dire », assènent-elles.

Cette période de crise nous aura (ré)appris cela : tout l’édifice social, tout le système de formation ne tient que par l’autojustification qu’ils font d’eux-mêmes. En vérité, tout ne tient qu’à un fil, qu’à un virus : deux mois, trois mois d’arrêt des cours présentiels et tout fout le camp !

Mais nos institutions de formation n’acceptent pas l’évidence de leur vacuité en temps de crise. Elles se débattent, elles gueulent, elles martèlent : « tout doit continuer ! pour la qualité et la validité de nos diplômes ! ». Elles nient l’évidence : tout a changé, et elles n’ont pas la faculté d’absorber un tel changement.

La solution est simple, mais nos institutions de formation ne l’acceptent pas, parce que cela viendrait à reconnaître qu’elles perdent temporairement leur raison d’être, la justification de leur emprise sur nos vies : il faut valider les enseignements de ce semestre sans autre forme de procès, partout où cela ne mettra pas les apprenti·e·s ou étudiant·e·s en difficulté pour le futur.

L’immense majorité d’entre nous, étudiant·e·s et apprenti·e·s, ne peut pas se permettre de prolonger l’état de précarité où nous sommes du fait de notre statut de « personne en formation ».

Mais, surtout, le système de formation ne peut pas absorber un report d’un semestre pour toute une cohorte d’apprenti·e·s et d’étudiant·e·s. Ensuite, le « marché de l’emploi », c’est-à-dire le patronat, a besoin de notre force de travail qualifiée – il ne peut pas attendre six mois non plus. Nous sommes indispensables, et donc en position de force pour négocier.

En vérité, nos institutions de formation et les autorités le reconnaissent déjà à demi-mot : à l’école obligatoire, on promouvra les élèves comme d’habitude, un point c’est tout. Les apprenti·e·s en fin de formation auront leurs diplômes cette année, et ceci sans examens théoriques ni pratiques, c’est déjà annoncé : le marché a besoin d’elles et eux, force de travail jeune et docile, peu chère encore…

Toutefois, dans les gymnases et dans le tertiaire, on tergiverse. On veut maintenir une « qualité » de façade, on cherche des formulations alambiquées pour dire que l’on maintient formellement les exigences… Le seul résultat tangible, c’est le maintien du stress et de la pression sur nous autres, personnes en formation. Pour nous, c’est l’apprentissage, en actes, du mépris que nous portent les institutions : c’est la crise, tant pis pour nous !

A l’Université de Lausanne (UNIL), ce mépris atteint des sommets. Proposant les mêmes pseudo-solutions qu’ailleurs en termes d’examens, l’UNIL va aussi plus loin : les étudiant·e·s en propédeutique, contrairement aux autres, verront leurs échecs aux sessions d’examens post-coronavirus comptabilisés comme tels. L’UNIL s’assume comme machine de sélection sociale – en images, en couleurs et noir sur blanc : il faut trier en 1ère année de Bachelor, et surtout en 1ère année, sinon l’engorgement guette et la qualité des diplômes baisse… Lisons et écoutons ce discours d’arrogance comme ce qu’il est (« l’élite choisit ses héritiers/ères et merde aux autres ») et apportons-lui la réponse qu’il mérite : merde à vous, pitoyables autocrates !

Parlons aussi des solutions qu’on nous propose, du droit de retrait aux examens, en passant par les échecs non comptabilisés et la fameuse « analyse des situations particulières » qui ne voudra rien dire… Que nous propose-t-on ? Le droit d’être précaires plus longtemps, et l’inévitable abandon des études pour qui ne pourra pas se le permettre. Sans compter la surcharge de travail pour les équipes administratives et le surplus de travail administratif pour le personnel enseignant… Maintenir la façade à tout prix, continuer coûte que coûte en ces temps extraordinaires, c’est aussi cracher sur le travail ordinaire du personnel enseignant, c’est lui dire qu’il peut faire la même chose avec beaucoup moins… L’irrévérence des autorités et directions n’aura-t-elle donc pas de limite ?

Pour le reste, quoi qu’on nous dise, tout va continuer : nous serons promu·e·s, nous passerons à l’année suivante… A certaines exceptions près (à beaucoup d’exceptions près, en propédeutique !), comme en temps ordinaire.

Et évidemment, les grand·e·s perdant·e·s de l’histoire, celles et ceux qui devront redoubler, arrêter leurs études, s’endetter, ce sont les personnes aujourd’hui les plus précaires, celles que le coronavirus aura fragilisées encore plus. Celles et ceux qui doivent rester en bas…

Le système, lui, aura tenu – en nous méprisant royalement.

Cessons la mascarade !

Catégorie(s) : Coronavirus, Prises de position

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